201310_04

Vladimir était inquiet. Cela faisait trois jours déjà qu’il aurait dû recevoir son colis. S’était-il égaré ? Même s’il n’en avait pas trace, le directeur des services postaux jurait que non, pas sur son territoire. C’était un lâche, de toute façon. Il aurait vendu père et mère pour ne pas perdre son poste et ses petits privilèges. Ce colis serait peut-être l’occasion de lui faire payer sa couardise mais Vladimir préférerait néanmoins qu’il arrivât. La vie était si triste, par ici, et les distractions si rares.
Bien sûr, il y avait ces jeux d’hiver bientôt, ces femmes et ces hommes qui lui faisaient cadeaux et courbettes, ces manifestants à chasser comme du petit gibier et ces conversations au téléphone avec ses homologues à jongler avec les grands équilibres de la planète, ces verres bus avec les uns et les autres sous l’œil ravi des caméras du monde entier… À force, c’était ennuyeux. Quoi qu’il fît, il y avait toujours quelqu’un pour le lui reprocher et son plaisir en était atteint. Il avait pourtant essayé d’être gentil ! Mais c’était en brute épaisse que le monde l’aimait. Ce n’était pas pour lui déplaire ; encore lui fallait-il en tirer satisfaction.
Et ce colis, justement. Vladimir sourit. Tout le monde l’ignorait ; c’était un cœur tendre, impatient, mais tendre. Peut-être devait-il appeler son fournisseur ? Il l’avait déjà fait trois fois et trois fois on lui avait répondu que sa commande avait été expédiée dans les temps, avec la bonne adresse et l’affranchissement nécessaire. Il était si fréquent qu’on lui mentît pour s’attirer ses bonnes grâces… Ceux-là n’avaient aucune raison de le faire. Alors ? Vladimir attendait. Que faire d’autre ?

Cy Jung®

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