201308_13

Quand j’étais petite, on mangeait de la cervelle, d’agneau, je crois. Le boucher la vendait dans des barquettes en plastique, une par une. C’était blanc, laiteux, avec ces nervures rouge noir, sortes de vaisseaux vidés de leur sang qui dessinaient de drôles de formes. Cela me dégoûtait un peu. Je ne voulais pas les toucher. Et je les regardais en essayant de percer le mystère de la connaissance, convaincue que ma cervelle à moi devait être pareille et que si mangeait de celle-là, je gagnerais en intelligence.
Maman les passait à la poêle, dans du beurre, après les avoir coupées en deux. Peut-être qu’elle les pochait avant dans de l’eau bien chaude avec un peu de vinaigre ? Je ne sais plus pour la cervelle fraîche, s’il le fallait. Les surgelées, ça, c’est sûr, elle les pochait. Mais c’était plus tard que je mangerai des cervelles surgelées dont je me souviens qu’elles étaient moins jolies, car quand j’étais toute petite, on n’avait pas de congélateur.
Avec la cervelle, il y avait toujours de la purée, maison ou en flocons. On en mangeait à jour fixe en alternance avec du foie ou d’autres abats, selon les arrivages chez le boucher. Maman voulait que l’on mange de tout, pour diversifier les « apports ». Ce que j’aimais, dans la cervelle, c’était l’odeur de beurre trop cuit, et l’espèce de caramel qui se formait à la surface. Ça collait aux dents, puis, juste après, la matière fondait sous la langue. Ça colle, et ça fond, avec un fort goût de beurre. Le Petit Chaperon rouge ? Ça y ressemble…

Cy Jung®

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Une réponse à 201308_13

  1. Michèle Chazeuil dit :

    Et… c’était de la cervelle d’Ange !
    Comprenne qui pourra…
    De la « cervelle d’Ange » !
    Et si c’était comme cela qu’elles ont été présentées à ton imaginaire d’enfant ?

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