201204_08

Quelle heure est-il ? 4 heures 30… 5 heures… Peu importe. Il attend depuis si longtemps. Cette nuit, une autre, tant d’autres. Il attend. Il tourne un peu, se sert un verre, bien tassé. Il revient s’asseoir. Il écrit. Les mots coulent tout seuls. Il ne relit pas. Ce n’est pas si important ce qui est écrit. La trace est déjà indélébile. La souffrance est trop forte. Il ne doit surtout pas manquer son geste. Il doit être assuré. Radical. Forcément radical. Létal.
Le fusil est posé sur la table, comme s’il attendait le petit jour pour partir à la chasse. Peut-être devrait-il enfiler des bottes ? À quoi cela servirait-il ? Il fait un café, reprend la lettre écrite, ne la lit pas, la repose. Il écoute le café qui passe. La vie défile. Pauvre vie. Triste vie. Aussi belle que tout autre. Il est au bout de ce qu’il pouvait en faire. Il n’en peut plus. Il s’approche du fusil. Il le regarde dans le coin du canon. Il a été chasseur un temps, quand il était jeune. Deux marcassins. Ah ! cette foutue histoire de marcassins. Il pleure. Il n’aurait pas voulu les tuer. Il n’aurait pas voulu mourir. Il est trop tard pour renoncer.
Il prend l’arme. Elle est déjà chargée. Il la soupèse. Elle est belle. Il boit une dernière gorgée de café. Il allume une cigarette. Il va la fumer près de la fenêtre, les yeux perdus dans la nuit. Il baisse les paupières. Il ne veut rien savoir de la suite. Il a peur. Il a froid. Il voudrait ne pas tirer. Il ne peut pas.

Cy Jung®

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Une réponse à 201204_08

  1. C’est très difficile pour moi de laisser un commentaire… simplement te dire que j’ai lu ce billet. Ma respirations s’est faite plus courte. Je dois maintenant fermer les yeux un moment pour me recueillir.

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