201002_01

Angeline n’aimait pas cette pièce, celle où madame exposait ses trophées, coupes et médailles gagnées au croquet, tableaux et bibelots emportés lors d’une vente aux enchères, colifichets et fanfreluches arrachés aux toilettes de ses conquêtes qu’elle aurait volontiers empaillées si la loi l’avait permis. La loi, madame se moquait de la morale. Angeline le savait bien, elle qui maniait le plumeau avec dextérité, affligée devant ces poussières qui lui résistaient, plus collantes encore que les mains de madame dès que l’occasion se présentait.
Angeline se défendait bien, pourtant. Mais la poussière revenait, revenait sans que le plumeau n’y suffît et elle dût songer à mener l’offensive. Elle cachait chaque centime qu’elle trouvait, économisait sur les commissions, sur ses propres gages parfois, jusqu’à ce jour pâle de janvier où vînt la délivrance. Fière comme Artaban, son butin caché sous ses jupes, elle courut jusqu’au Darty le plus proche, acheta un Tornado avec sac et fila essayer le bel engin dans cette pièce maudite où le ménage était sans fin.
Il n’était pas l’heure de son service. Sa surprise fut à la hauteur de l’acquisition. Madame était là, jetant par poignées de la poussière sur ses trophées. « La garce ! » songea Angeline. Madame riait devant sa mine défaite. C’en fut trop. Angéline brancha le Tornado, brandit le tube, et la visa en pleine face. Son œil gauche fut aspiré en premier… avant tout le reste. Un rayon de soleil passa la fenêtre. L’air était devenu limpide.

Cy Jung©

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