200909_02

Cela plairait à Jeanine si je repassais ma chemise.
Il faut dire que c’est joli, une chemise bien repassée. Alors c’est elle qui la repasse.
Si je les lui apportais, Jeanine, elle repasserait aussi mes pantalons, mes tee-shirts. Non, pas mes culottes. Jeanine ne sait rien de mes culottes. Je la laisse imaginer à défaut de la laisser repasser.
C’est vrai que c’est joli quand il n’y a pas de faux plis. J’aime surtout que les cols soient bien marqués. Cela donne de l’allure, à la chemise.
Au début, Jeanine faisait le contraire. Puis on a fait un échange de fer ; le mien était plus lourd. Cela lui convenait mieux. Et moi, de toute façon, je ne repasse jamais rien. À part mes colères.
J’y passe et j’y repasse, au grand désespoir de Jeanine. Elle me dit toujours de rester calme, de ne pas m’emporter. Mais c’est la vie qui m’emporte, Jeanine ! La vie et tout ce qui n’arrête pas de repasser, la violence, la bêtise, l’injustice, la souffrance, la colère.
Ça fait mal. Ça passe et ça repasse. Tu comprends, Jeanine ? La vie parfois m’afflige. Viens ! Donne un coup de fer à ma chemise. Pas de faux pli. S’il te plaît. Le col, bien plat.
Tiens, pour toi : un bonbon à la fraise. Pour moi, un carré de chocolat.
Merci pour la chemise, Jeanine. Merci. C’est gentil.

Cy Jung©

Ce contenu a été publié dans Photocriture. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à 200909_02

  1. Bauwens Bettina dit :

    J’adore votre façon d’écrire J’habite en belgique et malheureusement içi c’est difficile de se procurer vos livres

  2. XA dit :

    Moi aussi j’adorrrrrrrrrrrrre…
    Pour se procurer les livres de Cy Jung, même par temps de neige 😉 il y a Internet et le facteur qui vient avec ses bottes à fourure vous livrer… si, si…
    Et sinon, Jeanine elle fait un prix pour le repassage ?

  3. Yo Girl dit :

    Ah Ta-Jeanine, il faudrait l’adopter !…
    Très beau billet : bravo Cy. D’ailleurs, comment ça se prononce votre nom ? C’est américain comme le peintre du plafond de la salle des bronzes ?
    Je m’égare, mais les bronzes sont aussi bien lourds et peuvent peut-être aider à repasser.
    En tous les cas, je ne repasse jamais non plus mes chemises, pantalons ou culottes, mais mes colères… D’ailleurs, c’est intéressant ce mot de « repasser » pour une colère plutôt que l’habituel « ressasser, voire le courant « ruminer », car c’est vrai que souvent on re-passe dedans, dessus, au travers une colère. On la revit et pas seulement en morceaux. C’est aussi vrai pour la souffrance… Heureusement qu’au bout du passage, qu’il y a Jeanine et des carrés de chocolat.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *