200808_22

C’était autrefois, dans une époque qui n’existe plus. Et pourtant, cela s’est passé exactement comme ça, comme si le temps révolu ne pouvait pas effacer l’histoire. Effacer l’histoire… Ce serait comme vouloir effacer la vie. Effacer la mort. Et dans celle-ci, rien ne saurait être gommé même si le souvenir s’estompe.
C’était une petite fille. Son nom ? Elle devait bien avoir un nom. Elle avait surtout, comme toutes les petites filles que l’on rencontre dans les histoires, un large sourire qui évoque la joie, des yeux bleus plutôt tristes, des cheveux longs, souvent blonds, un nœud qui se défait, une robe serrée à la ceinture, une qui s’arrête juste au dessus du genou, calleux le genoux, forcément, et des chaussettes en accordéon qui baillent dans de gros souliers crottés. Elle est partout cette petite fille. Parfois elle vend des allumettes. D’autres fois elle apporte des roses blanches à sa mère. Ou alors, elle part sur les chemins kidnappée par des vagabonds. Elle travaille dur. Elle cherche son frère perdu dans une autre histoire. Et l’hiver, elle a froid, très froid.
Mais ce n’est pas le pire ! Le pire, c’est qu’elle a faim, toujours faim. Manger devient sa raison de vivre. Elle vole pour cela. Elle ment. Elle feinte. Et elle meurt, toujours à la fin de l’histoire, à la faim… Elle meurt, jamais des coups qu’elle reçoit de cet homme (un père, un oncle, un marchand) qui l’a si gentiment recueillie, jamais du froid, ni du blizzard pourtant toujours présent, ni de la neige, jamais du travail harassant ni de la vermine qui ronge sa paillasse. Non, elle meurt, de faim, une nuit, ou au petit matin.

Cy Jung®

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Une réponse à 200808_22

  1. toimoinous dit :

    Quelle fin horrible.

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