200709_02


Il neige. Mes quelques vêtements sont en charpie mais je ne sais plus avoir froid. Je ne sais plus avoir faim. Je ne sais plus avoir soif. Je ne sais plus mon corps. Je ne sais plus que la mort qui défile. Entre mes mains. Qui sont-ils ? Ce ne sont plus des gens, pas même de la chair, pas même de la viande car la viande, c’est précieux. On ne la détruit pas. On la mange.
Depuis combien de temps suis-je là ? Je ne sais pas. Je ne compte rien, ni les jours, ni ces ombres qui passent, ni leurs yeux qui brillent encore, leur souffle, fol espoir. Je suis dans la nuit, les ténèbres dans l’antichambre, l’obscurité dans le baraquement. Cent quarante-sept pas et j’y suis, une croûte de pain, un bouillon tiède, pas de couverture. Mais cela n’est rien face à… Aucun mot n’a encore été inventé pour dire cela. Aucun mot ne pouvait le prédire.
Je voudrais prendre ma place dans la file, que quelqu’un d’autre s’empare de ce rasoir et accomplisse ma tâche. Je suis à bout de tout. Je ne suis plus rien. Je ne sais plus être personne. Combien de temps cela va-t-il durer encore ? Je n’existe plus et pourtant je vis. Au secours ! Venez ! Ouvrez la porte, que l’on s’échappe et que je meure enfin ! Ouvrez la porte ! S’il vous plaît.

Cy Jung©

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Une réponse à 200709_02

  1. Michèle Chazeuil dit :

    Je suis sans voix… un peu repliée… sans mots… comme anesthésiée par une odeur de soufre, ou de gaz, ou de fumée… beau, très beau !

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