200708_02

Étienne était pressé. Il devait absolument attraper le 18:27 ou alors c’en serait fini de la patience de Mauricette qui l’attendait déjà depuis… Misère ! S’il n’y avait pas ce mur de gens moins pressés, devant lui, qui le séparait du couloir de descente vers le quai, il y serait en moins de deux et attraperait son train. Fendre la foule. L’exercice lui déplaisait.
Il remplit ses poumons d’air, inclina légèrement la tête, et se lança. Trente mètres à parcourir. S’il avait le temps, il compterait le nombre de personnes qu’il allait doubler avant de s’engouffrer dans l’escalier où il devrait aller à la vitesse du flot s’il ne voulait pas prendre le risque de provoquer une bousculade. Étienne était un homme amoureux, certes, mais citoyen. Il ne voulait tuer personne et surtout, que son bouquet arrivât entier à destination.
Il serra les dents et se mêla au flot. « Pardon ! » Esquive de l’épaule à droite. « Excusez-moi ! » Petite accélération. « Pardon pardon ! » Pas chassé à gauche. Petit pas devant. « S’il vous plaît ! » Trois grandes enjambées. Stop. « Pardon, merci ! » Nouvelle accélération. Évitement d’un sac. Quinze mètres encore. « Excusez-moi, pardon ! » Arrêt. Toupie. « S’il vous plaît ! » Redémarrage en biais. Dix mètres. Étienne avançait.
La masse voûtée d’une personne à vitesse réduite formait un dernier barrage. Coup de reins. « Pardon ! » Détour par la gauche. « Excusez-moi ! » Pas de course. Freinage d’urgence. Il était en haut des marches. Il jeta un œil vers le bas et en lâcha presque son présent. Le goulet était si encombré que jamais il n’y arriverait. Mais pourquoi n’était-il pas tout simplement parti à l’heure ? Cela resterait un mystère.

Cy Jung®

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