200505_01

Jamais Valentine n’avait eu une si jolie robe ! C’était sa maman qui la lui avait cousue à la main, avec du tissu neuf qu’elles avaient choisi ensemble au marché Saint-Pierre. Qu’est-ce qu’il y en avait des beaux tissus, dans ce grand magasin, si grand que Valentine n’avait pas lâché le bas du manteau de sa maman par crainte de se perdre.
Elles avaient aussi choisi un ruban, pour souligner la ceinture. Et avec le reste du tissu et du ruban, sa maman avait fabriqué une petite trousse dans laquelle Valentine allait pouvoir ranger son mouchoir. Ainsi, il ne traînerait pas au fond de son cartable, celui acheté au cordonnier. C’était un cartable d’occasion, le cuir était élimé mais les coutures étaient neuves. Valentine avait voulu le cirer elle-même, en même temps que ses souliers qui devraient passer un hiver de plus à moins que cette année, ses pieds ne grandissent au-delà de la pointure.
La petite fille s’en moquait, de ce cartable élimé et de ces souliers râpés. Elle avait la plus belle robe que l’on pouvait imaginer pour aller à l’école, la grande école, plus grande encore que le magasin de tissus du marché Saint-Pierre ! Et là, il n’y aurait pas le bas du manteau de sa maman auquel s’accrocher pour ne pas perdre.
Bien sûr, Valentine devrait enfiler une blouse par-dessus sa robe. Peu lui chalait ! Elle pourrait toujours soulever discrètement un pan pour l’admirer ou poser le petit sac avec le mouchoir à côté de l’encrier pour ne pas perdre le tissu des yeux. Ce n’était pas tous les jours que l’on avait une si jolie robe ; il fallait la protéger autant qu’à Valentine elle donnait le courage d’affronter cette grande école, avec cette maîtresse sans doute sévère qui allait lui apprendre à lire, à écrire et à compter.
C’était le moment. Valentine noua la ceinture. Elle n’avait pas peur, presque pas.

Cy Jung®

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Une réponse à 200505_01

  1. Voyages immobiles dit :

    Un texte qui invite à la nostalgie … L’accord entre le texte et la photo est parfait … je comprends ce texte dans le sens suivant: comment avec presque rien faire presque tout … En ces temps de « crise », ce texte est véritablement porteur de sens … Bravo Mesdames!!!

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