200311_01

Rideau.
La représentation est terminée. Les spectateurs se lèvent. Ils ont applaudi poliment, non que les acteurs étaient mauvais. C’était le texte, surtout le texte. De quoi parlait-il ? Ce n’est pas la question. Un texte, même abscons, dit toujours quelque chose. Ce sont les mots choisis qui sont en cause, les phrases. Ils s’alignaient comme à la parade mais l’auteur avait oublié d’inviter ne serait-ce qu’un clairon. Un tout petit clairon. Ou une trompette. Un cor.
Le texte n’est rien quand il ignore l’harmonie.
La salle se vide. Les lumières s’éteignent. Chacun file reprendre son métro, la tête enfoncée dans les épaules. Personne ne veut rien dire de la pièce. On ne sait jamais. Si l’auteur était dans la salle… Il ne faudrait pas qu’il entende que le temps était long, comme si les verbes, sous sa plume, obéissaient à une conjugaison qui le ralentissait sans raison. Et que l’on n’aille pas accuser l’imparfait du subjonctif, ou même le passé simple, ou n’importe quel temps composé, d’en être les responsables ! L’auteur ne les a pas sollicités.

    « — Tu veux un gâteau au chocolat ?
    « — Non merci, je suis au régime.
    « — Comme une banane ? »

Personne n’a pu rire.
Le texte n’était pas drôle. La vie de l’est pas non plus. Le texte n’est pas la vie. L’auteur l’a oublié. La nuit reprend ses droits. Elle est grise. Les spectateurs sont déjà dans leur lit, une bouillotte contre les fesses, des chaussettes aux pieds. L’auteur est resté debout devant la porte du théâtre. Il ne comprend pas. Il ne peut pas comprendre. Son texte, c’est…
Rideau.

Cy Jung®

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2 réponses à 200311_01

  1. Asl& dit :

    L’ennui… ça s’appelle l’ennui. Mais j’aurais très certainement ri au régiment de bananes trois heures plus tard si…si… dans le lit le gros chat à mes pieds me relisait la pièce et que sur ma tête la fraîcheur de l’oreiller me rappelait une émotion…

  2. toimoinous dit :

    …lui ! Son texte le représente peut-être ! Triste ou…

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