200307_01

Il était une fois, dans un pays lointain, une reine qui se croyait si belle qu’elle interdisait à quiconque de poser ses yeux sur elle de peur de lire dans les regards autre chose que son infinie beauté. Elle s’était entourée de miroirs pour s’admirer et ceux de ses sujets qui la côtoyaient vivaient avec un loup sur les yeux pour être certains de ne pas faillir. Ils se déplaçaient comme des aveugles, avec des cannes ou des chiens. Ils n’étaient pas malheureux ; la beauté de leur reine, dont ils ne voyaient plus que le cœur, avait fini par leur échapper. Mais personne n’en disait rien. C’était comme ça et chacun s’en accommodait.
Tout allait pour le mieux quand une grande catastrophe survint. La terre se mit à trembler et, un à un, tous les miroirs de la reine se brisèrent. Elle manda aussitôt le vitrier mais dès qu’un nouveau miroir était fabriqué, la terre tremblait de nouveau et il se brisait. Que se passait-il ? Personne ne le savait et ce fut un an durant que le vitrier tenta sans succès de fabriquer de nouveaux miroirs. La reine pleurait tout ce qu’elle pouvait ; rien n’y faisait. Si elle voulait s’assurer de sa légendaire beauté, il allait lui falloir rendre la vue à ses sujets.
Elle rédigea un décret en ce sens. Ils ôtèrent leur masque mais, mis face à leur reine, ils tombèrent les uns après les autres en syncopes. Oh ! ça oui, elle était belle. Pourtant, ce que les loups n’avaient jamais su dissimuler était encore plus visible. Ses sujets réclamèrent de pouvoir se voiler les yeux de nouveau, arguant que sa beauté était quasi insupportable. Flattée, la reine accéda à leur demande. Mais qui, désormais, serait le témoin de son inénarrable vénusté ?
— Son quoi ?

Cy Jung®

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