200212_25

Pour fabriquer une bonne amulette, il faut d’abord être particulièrement clair sur ce que l’on souhaite obtenir. Les esprits sont des coquins : une demande mal formulée et ils font tout le contraire ! Cela se joue au mot près, à la virgule. La demande doit également être unique. On ne peut par exemple pas réclamer en même temps le but et le moyen ni, bien sûr, le beurre et l’argent du beurre… Quant à la crémière, c’est forcément le plus délicat à commander : comme il est impossible de soumettre la requête à conditions, il faudra faire confiance aux esprits dans leur capacité à cerner celle qui nous convient.
Ceci étant, toute bonne amulette se fabrique à partir de sang de poulet fraîchement égorgé. On peut prendre une poule, bien sûr ; mais plutôt jeune. La vieille poule peut corrompre la magie par excès de rigidité. Du sang de poulet donc, que l’on place dans une calebasse neuve. On le fait légèrement chauffer au soleil et l’on ajoute de la pulpe de citron vert, de la cannelle et des cheveux à soi réduits en poussière. Voilà pour la base. Le reste des ingrédients dépend de la demande et du tour de main du préparateur.
Pour une crémière, on saura l’attirer avec un peu de lait caillé, quelques pincées de poudre de cacao et de la racine de gingembre râpée si l’on ne craint pas de réveiller le pot au lait qui sommeille en elle. On laisse sécher la mixture quelques jours, on filtre le trop plein de liquide, on récupère la matière solide dont on enduit une patte à casserole tricotée par une albinos. L’amulette est prête. Et la crémière… Patience. Elle va venir.

Cy Jung®

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Une réponse à 200212_25

  1. Michèle Chazeuil dit :

    Que c’est beau !
    Et c’est parti,
    on se prend à rêver…
    Donnez-nous des rêves qui compensent nos jours, disait — à un mot près — Colette, la Bourguignonne.

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