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Tout cela lui sortait par les oreilles. Et les yeux. Par les oreilles et par les yeux. Tout sortait ! Les couches-culottes et le tabac froid qui puent. Les tâches ménagères et autres servitudes familiales. Les conversations sans fin. Les cuisses qu’il fallait écarter, petits cris convenus en prime. Les faux-semblants et les non-dits. Tout ! Il fallait que cela sorte, que cela pète en même temps, que cela éclabousse et qu’implose cette vie qui n’en pouvait plus de se complaire dans les bons sentiments.
Pif ! Paf ! Pouf ! Tout dans la figure. Elle allait tout lui balancer à la figure, prendre sa valise, lui laisser les gosses et partir, loin, si loin que la maison pourrait tanguer, s’écrouler ; elle n’en saurait jamais rien.
Elle ne devait plus hésiter. Elle avait tant hésité, tant de fois renoncé ; les enfants ; la famille ; l’avenir. Elle n’avait de toute façon pas d’avenir, surtout pas ici, pas dans cette vie qui sentait l’encaustique, la violence ordinaire, celle qui se construit à force de tout retenir. Tout ! Tout allait péter ! Elle n’avait même pas besoin de valise. Elle n’avait rien à elle qu’elle aimait, vraiment, rien d’intime, rien de personnel. Et c’est cela qu’elle allait trouver dès qu’elle allait passer cette foutue porte sans se retourner.
La liberté. Elle voulait la liberté, la paix. Qu’on lui fiche la paix. Elle ne voulait plus rien donner de ce qu’on lui demanderait. Elle voulait tout reprendre, sa jeunesse perdue, son sourire d’enfant, sa taille de jeune femme, sa joie, son cœur, retrouver la félicité. Il lui suffisait d’enfiler son manteau, de prendre une paire de gants, son sac à main où le nécessaire était rangé, ajuster son chapeau et voilà. Elle serait dehors, libre, seule. Enfin.
Il suffisait. Elle allait… Elle allait.

Cy Jung®

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