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Stéphanie n’aimait pas la voir partir. Elle était trop belle dans son tailleur — rose, ce matin —, ses escarpins assortis, son pendentif suspendu à son cou et ce petit sac à main noir ridicule qui lui donnait pourtant un air d’infinie respectabilité. Elle aurait voulu la garder pour elle, là, dans leur lit dont elles avaient chassé le mitan. Ses mains, sa bouche, son ventre, ses seins… Oh ! que c’était bon de se fondre en ses chairs, y puiser le désir, embrasser, caresser, pénétrer. Jouir. Et recommencer.
Stéphanie se leva pour un ultime baiser avant qu’elle ne passât la porte et ne rejoignît le monde extérieur, celui où elle devenait « madame le conseiller financier ». Pourquoi pas « la conseillère financière » ? Son employeur considérait que ses conseils bancaires valaient plus qu’une vulgaire sauce accompagnant des quenelles. Pauvre homme ! Stéphanie adorait la découper en rondelles, la dorer entre deux olives et quelques morceaux de jambon, l’assortir d’une tomate émincée avant de la faire mijoter dans la béchamel.
Cela les faisait rire. Elle devait partir. Elle sortit, lui fit un petit signe de la main avant de tourner les talons et rejoindre l’escalier. Stéphanie ferma la porte derrière elle. Il était l’heure qu’elle se préparât pour aller travailler. Un jean. Un tee-shirt. Une veste de bleu. Des chaussures de sécurité. Sa lourde sacoche en bandoulière. C’était son tour d’y aller, de rejoindre le monde où elle devenait « la plombière ». Miam miam !

Cy Jung©

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Une réponse à 199908_01

  1. Amphitrite dit :

    Ah ! Très drôle. Si mon amour se lançait dans les conseils financiers, ce serait l’histoire de notre vie.
    La plombière

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