199902_02

Une goutte de pluie et tout s’embrouille. Un bleuet efface le temps. L’abeille s’empale contre le pistil, gémit et meurt presque aussitôt. Le vent porte son souffle. L’orage tonne. Les parapluies s’ouvrent et les fenêtres se ferment. Du centre de la Terre, la lave éructe la touffeur d’un désir oublié.
Une larme et l’amour embue la chair. Le silence se fend. Le miel abreuve la rigole. Le monde s’enfuit. Il vient si vite que le ciel perd de sa couleur sans qu’aucun nuage ne le couvre. La sonnerie d’un téléphone se damne dans l’absence. Le starter lance la course. Le désordre s’installe. Une tour s’effondre. Une seconde. La poule se dandine dans la cour en quête d’un joli petit caillou. Elle picore. Au-dessus de la ville, l’azur se distord sous une onde de félicité.
Un soupir et le plaisir estompe le temps. La musique s’emballe entre deux pas de danse. Un passant déambule dans une rue déserte. Un assassin y plante son couteau. Le sang se mêle à la bruine et rejoint la mer par l’égout. Une ombre plane. Un répit éclabousse la violence. Une chenille traverse en dehors des clous. Elle survit à tous les assauts. Un sac gît sur le trottoir. Derrière la cascade, un refrain propage la joie.
Une main et l’émotion se voile. Une rose ouvre sa corolle. Un papillon s’approche. La pudeur est à son comble. La pulpe fond. Le corps se vide dans un entonnoir et emplit la bouteille de ses humeurs fécondes. La voix se développe. Un funambule déplie son balancier. Une pomme tombe de l’arbre. L’herbe humide de rosée la dévore. Au-delà du jour, le soleil ourdit sa prochaine lueur.

Cy Jung®

Ce contenu a été publié dans Photocriture. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *