199902_01

Depuis que ses lèvres ont dévoré les miennes, il n’est pas une seconde où ma chair ne frétille, impatiente, curieuse, inquiète. Elle grouille, là où sa bouche a amorcé son baiser, là où la mienne a raviné la faille près de son oreille, là où elle s’est reposée dans mon cou, là où mes doigts ont pu effleurer sa peau, là où sa langue fouissait, intrépide. Là.
Son souffle court. Son ventre qui vient. Un cri à peine étouffé.
J’ai entendu « J’ai envie de toi. » Je l’ai peut-être rêvé. Parfois, je prends mes désirs pour la réalité. Je devrais me méfier. J’ai lâché mon sac. Il gisait à nos pieds. Elle a pris appui dos au mur. J’étais liquide. Elle a dit encore « J’ai envie de toi. » J’ai bafouillé quelque chose qui disait qu’il était tard, que je devais rentrer. « Pas maintenant », m’a-t-elle répondu.
Je résistais.
J’avais peur.
Peur de mon désir. Peur de le gâcher.
Ma main gauche a cherché la douceur de sa hanche que mon œil avait depuis longtemps repérée. Je voulais la serrer fort, très fort, qu’elle comprenne que moi aussi, j’avais envie d’elle. Je n’ai pas osé. Il était trop tôt pour le dire et trop tard déjà ; je devais partir.
Ma paume s’est figée sur sa hanche, silencieuse. J’ai glissé quatre doigts jusqu’à sa nuque et lancé un nouveau baiser. Kata juji jime. Je ne voulais pas l’étrangler. Et pourtant. C’est peut-être ce que j’ai fait ? Ma bouche est venue dévorer la sienne, une dernière fois. Je le voulais long, ce second baiser, définitif. Incontournable.
Puis très vite, on s’est dit au revoir. « À bientôt » ? Je ne sais plus. La nuit nous a emportées, chacune d’un côté de la Seine, disjointes.
Depuis que ses lèvres ont dévoré les miennes, je… Elle sait.

Cy Jung®

Ce contenu a été publié dans Photocriture. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à 199902_01

  1. milanna dit :

    sublissime…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *