199901_01

L’oiseau ne bougeait pas. Il semblait prêt à s’envoler, le corps légèrement en avant, mais il était comme coincé sur sa branche. Il attendait. Quoi ? Si seulement il avait pu le dire. Il trembla légèrement. Il souleva une patte, la reposa, toujours prêt à l’envol. Sa tête eut un tressaut. Quelque chose n’allait pas. Vraiment ? Comment savoir ? Il ouvrit le bec. « Piou ! » et ce fut tout ; rien d’autre que « Piou ! » ne sortit. Rien ? Un autre oiseau aurait pu expliquer, s’il avait pu dire, lui aussi, que « Piou ! » et « Piou ! » voire « Piou ! » ne disaient pas la même chose. Ou un ornithologue. Un chasseur. « Pan ! »… Non, « Piou ! » Ça suffit de la mort, du chaos, des ténèbres ! « Piou ! » C’est joyeux un oiseau ; cela a si peu de cervelle. Est-ce à dire que la peine a besoin d’un cerveau ? Passons… La joie demeure.
« Piou ! Piou ! Piou ! » et l’oiseau ne bougeait toujours pas. Paralysé. Ou pétrifié. Difficile de trancher. Hypothèses : un renard passait par là ; un coup de vent était annoncé, une tempête de neige ; un Tupolev était en panne de moteurs ; un tsunami menaçait les Alpes ; un œuf punais était sur le point d’exploser ; le président (le petit) allait parler ; l’oiselle de l’arbre d’à côté était en retard ; une météorite s’approchait de Jupiter ; une grève générale paralysait le musée du Louvre — au secours ! la Joconde était en danger — ; l’écureuil cassait des noisettes ; le soleil affrontait une éclipse ; Yves D. sortait sa guitare ; un incendie ravageait la forêt ; un oisillon cassait sa coquille ; Caddie et Stepper tiraient des penaltys ; le marronnier perdait ses bogues ; le tonnerre grondait ; une ménagère égrainait du raisin…
« Pan ! » ; c’était la fermeture de la chasse.
« Piou ! »  ; chouette !

Cy Jung©

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