199811_03

J’attends.
Quoi ? Je ne sais pas. Peut-être qu’il se passe quelque chose ? Quelque chose qui donne envie, qui pousse au crime, qui me porte au-delà de cet instant où le temps paraît si long et si pauvre.
J’attends.
Et m’en remets aux coexistences.
Je regarde par la fenêtre. Le ciel a l’air calme. Je n’entends aucun bruit d’avion. Je reviens vers mon écran. Une page est affichée. Elle est statique. Je pourrais cliquer. Je clique.
Il ne se passe rien.
J’ai les mains posées sur les genoux, le regard fixe. C’est idiot. A-t-on jamais vu quelque chose sortir d’un écran ? Peut-être suffirait-il que je le frotter, trois fois, comme la lampe d’Aladin. Pourquoi pas. J’attrape un chiffon. Je frotte. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je me fige, prête à saisir au vol tout ce qui voudrait sortir.
Rien. Toujours rien.
Je renonce à l’écran. Je regarde de nouveau par la fenêtre. J’entends au loin une bagarre de chiens sur le trottoir. Une femme crie en écho. Je n’ai pas vu ce qu’il s’est passé mais il s’est passé quelque chose puisque je l’ai entendu.
Quelque chose. Pas grand-chose. Presque rien.
Et si, à défaut de quelque chose, il passait quelqu’un. Pas trop vite. Je veux avoir le temps de saisir l’instant, le col, la laisse du chien. Je n’aime pas les chiens.
Mieux vaut donc qu’il ne passe personne. Ni rien. Mieux vaut.

Cy Jung®

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