199811_01

Papa ?
Oui, papa.
C’est de toi que je parle. De… à ? Que je… Dont… À qui ? Rien n’est jamais acquis papa. Jamais. La preuve ? Je te parle et tu ne m’entends pas. Du moins, je ne crois pas. C’est parce que tu es mort ; n’est-ce pas ? Mort. Comment cela serait-il possible ? Un papa, cela ne meurt pas, même si on le tue soi, en soi, pour soi, par-devers, par-ci, par-là, par ici, parricide. Papa. Je suis incapable de te tuer, autant que je l’ai été de te vivre. Je te respire à chaque volute que je croise. Je t’aime à chaque larme qui coule. Et tu me manques… Chut ! Je ne dois pas dire ça. Pas parler. Pas dire. Ma-Jeanine m’a mise en garde : le chagrin surgit à chaque fois. Alors pourquoi ? Le temps ne dissipe rien, un peu les larmes, quand même ; l’amour, jamais. Je te reconstruis au jour le jour et toi qui n’y étais pas, tu es là. Ma vie balaye ton absence. Je m’en dégage. Et tu existes même si tu ne vis pas comme d’autres ont pu vivre avec le sentiment de ne pas exister. Une ombre plane, celle des âmes en peine qui n’ont pas trouvé la foi. Hop ! j’en attrape une comme on chope un moustique en plein vol. Viens là, l’âme, même si tu n’es pas celle de mon papa. Reste au chaud, un peu, avec moi. Voilà. Je te console et tu repars. Et moi ? Je reste là. Je cherche ma voie. Il m’a juste fallu dix-sept ans pour être capable d’inscrire que je t’aime, papa, avec de l’émotion sous les doigts, et juste une larme, parce que ça fait du bien de pouvoir dire ces choses-là. Dire. Écrire. Papa. Je te sens sur mes doigts, là. Tu peux rester. Je t’ai pardonné. Je crois.
Allez, viens. On y va. Bonne année papa. Bonne année. Je suis là.

Cy Jung©

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1 réponse à 199811_01

  1. paradisbulle dit :

    J’avais 40 ans quand je lui ai dit je t’aime.

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