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Quand j’étais petite, mon papa aimait tresser mes cheveux. Ils étaient longs, jusqu’au creux des reins, blonds, épais. Il fallait les démêler d’abord. Mais cela, il ne le faisait pas. Ce n’est pas un truc de papa de chasser les nœuds, tirer par ci, dérouler par là. Ce n’est pas très gratifiant. Alors, maman s’en chargeait et, quand j’ai été assez grande, ce fut moi. Papa, lui, me peignait puis tressait une large natte qui tombait entre les omoplates. À l’extrémité, pour arrêter les cheveux, il mettait un élastique, et une barrette. Je me souviens d’une barrette noire, comme un nœud papillon, en velours. Mais ce n’est pas sûr qu’elle ait existé. Il regardait ensuite son ouvrage, fier de lui, fier de sa fille ou de sa tresse. Sa fille, je crois.
— Tu es belle, disait-il.
Quand j’ai grandi, je voulais de moins en moins qu’il tresse mes cheveux. Il fallait me comprendre ! Je n’étais plus une petite fille. Il ne le comprenait pas. Il n’aurait pas voulu que je grandisse. Je lui échappais. Et dès que j’ai été en âge de décider, j’ai fait couper mes cheveux. Courts. Puis très courts. Très très courts. Papa ne peut plus les tresser. Ce n’est pas sûr que la raison soit celle-là. Tant pis. Papa tresse et maman dénoue. C’est fini. Et c’est bien ainsi. La vie.
Quand j’étais petite, mon papa… Lalala.

Cy Jung®

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