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On estime que le feu a pris aux alentours de 3 heures 10 du matin dans l’appartement du huitième, face, droite. Vivaient là une jeune femme, son amant, la mère de celui-ci, trois enfants aux paternités incertaines et un chat. La famille avait fêté ce soir-là le cinquième anniversaire du Petit Paul, le dernier de la fratrie. Leur dîner s’était composé d’une salade de tomates, d’un poulet rôti, de chips recette traditionnelle arrosées de mayonnaise et d’une bûche glacée rescapée des fêtes de Noël. C’est tout du moins ce que l’autopsie révélera.
Était-ce le chat qui avait grignoté un fil électrique de la cafetière, provoquant ainsi un court-circuit donc une étincelle qui avait mis le feu aux brûleurs du four restés gaz ouvert après le retrait du poulet ? Ou était-ce une souris ? D’après la concierge, le chat protégeait l’appartement des rongeurs. Le capitaine des pompiers s’en grattait encore le menton.
— Si ce n’est pas le chat, qu’est-ce qui a pu attaquer ainsi le fil ?
— La grand-mère, suggéra son adjoint. Le gaz, c’est un crime de femmes.
Des analyses supplémentaires ne permirent pas de trancher. On jugea néanmoins nécessaire de faire un exemple. On décapita le chat, et on jeta sa dépouille à la poubelle. Il était pourtant le seul qui aurait pu dire ce qui s’était passé, sauf si bien sûr, l’incendiaire n’habitait pas l’appartement. Personne n’y avait pensé. Tant pis pour le chat, et pour la vérité.

Cy Jung®

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