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C’était lui, le père. Et il n’aurait permis à personne d’en douter même si, parfois, la responsabilité lui semblait bien lourde. « À chacun sa croix », aimait-il à se répéter quand il était là, face à ceux dont il avait le devoir de protéger l’existence : une femme, deux fils, trois filles, et un cocker. Pas de hamster ? Il le regrettait mais il avait dû dire non au hamster : il n’avait rien, bien sûr, contre les rongeurs mais déjà qu’il devait tous les jours sortir le chien, il avait pressenti que cette nouvelle charge, à court terme, lui incomberait.
Car tel était le lot des pères conscients de leurs devoirs à l’égard de leur famille, donc de la société, elle-même. Leur obligation première était de s’assurer que tout fonctionnait comme il devait, quelles que soient les résistances de chacun, quitte, parfois, à prendre les choses en main. Untel ne voulait pas promener le chien ? La punition était immédiate — « Va dans ta chambre ! » — et il sortait l’animal.
On aurait pu penser qu’il s’agissait là de l’expression d’une faiblesse. Il n’en était rien car si le père devait être père, personne en ce monde n’en avait jamais édicté le moyen. Et ce père-là déplorait souvent que certains privilégient la force au détriment de l’efficacité. La vie du ménage et l’éducation des enfants en pâtissaient sans que le père, finalement, n’y trouvât satisfaction. Quel dommage ! Non ?

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