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Mon père est mort à Pearl Harbor. Je suis né le lendemain, quinze jours plus tôt que prévu. Les médecins ont dit que c’était le fracas des bombes qui avait accéléré ma naissance. C’est un peu idiot, non, de vouloir naître alors que l’on a conscience du chaos ? Cela doit être pour cela que j’ai toujours préféré considérer que j’étais venu au monde pour prendre soin de ma mère, veuve à 19 ans.
J’ai commencé par être un petit garçon très sage et particulièrement studieux. Je n’avais pas hérité de la carrure d’athlète de mon père et maman me disait toujours qu’elle ne voulait pas que je sois soldat. J’avais donc décidé d’être professeur. Je pensais que la fonction me protégerait de la guerre et me donnerait un statut et une rémunération qui me permettraient de remplir correctement ma fonction filiale.
Je n’aimais ni les filles, ni le sport. Mes années de collège et d’université m’ont paru longues. Mais je suis devenu professeur. J’ai commencé par exercer mon métier sans passion. Puis le dégoût est venu, à force de côtoyer ces enfants qui n’avaient que mépris pour le savoir. J’emmenais souvent maman sur la marina. Elle me parlait invariablement de Pearl Harbor. Je l’écoutais, friand de la mort de mon père, et de tous ses camarades. Est-ce pour cela que j’ai assassiné ce matin tous les élèves de ma classe ?
J’ai compté. Il a suffi de six rafales.

Cy Jung®

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