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Il fait chaud ce matin. Pas lourd, juste chaud. Une petite brise caresse ma joue. Je suis bien. Je suis pied nu. C’est donc qu’il fait chaud. Dès que j’ai froid, j’enfile des chaussettes. Et un pantalon. Et une polaire. Là, je n’ai rien d’autre qu’un vieux caleçon court et un tee-shirt défraîchi. Je suis bien. Le bruit d’un moteur de camion brouille le silence. Il passe. Un marteau-piqueur quelque part joue au pivert et Gabrielle me parle d’un rêve, une histoire de soleil à travers la fenêtre qui représenterait… Dieu ?
À l’instant, je me moque de Dieu. J’ai toujours préféré François Mitterrand. Il n’a pas son pareil pour faire dériver l’intime du côté du politique. C’est bon, le politique. C’est du lourd. On bande le poing. On desserre les cordes vocales. On plonge l’émotion dans l’histoire. Et, hardi ! On change le monde. On change la vie. C’est encore plus efficace qu’un mantra : « Jaurès ! Blum ! Mi-tte-rrand ! » ; nous sommes des milliers ; on se porte les uns les autres ; c’est comme une vague, quelque chose qui mène au-delà de soi, une sorte d’union sacrée. Quand va-t-il arriver ?
« Jaurès ! Blum ! Mi-tte-rrand ! »
Est-ce lui, là, qui vient, grand petit bonhomme au centre de la poursuite ?
« Jaurès ! Blum ! Mi-tte-rrand ! »
Il fait chaud ce matin. Très chaud. Et François Mitterrand n’y fera rien.

Cy Jung®

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