199406_01

— Pourquoi tu me regardes comme ça ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Dis-moi. Allez ! Dis ! Tu préfères te taire, je sais. Je n’y peux rien. Tu ne parles pas. C’est toi. Je ne veux pas te changer mais… Ce n’est pas facile de comprendre. Tes silences. Tes morceaux de phrase, parfois. Un sujet, un verbe. Tu t’arrêtes là et c’est moi qui dois continuer. Allez ! Dis-moi ce qu’il y a et l’on n’en parle plus ! Ce n’est pourtant pas si compliqué ! Ou alors, tu arrêtes de m’envoyer ce regard-là ; il me fait peur. Il m’inquiète. Je ne sais pas traduire. J’ai besoin de mots, moi, pour voir. Tu comprends ? Alors pourquoi ne dis-tu toujours rien ? Tu préfères me laisser divaguer, imaginer, supputer. Comment savoir si je fais la bonne hypothèse ? Tu te moques de moi, c’est ça ? Ça t’amuse ? Je suis perdue. Qu’est-ce qui se passe ? Parle-moi. Tu pourrais opiner, au moins, dans le sens que tu veux, de haut en bas, de droite à gauche, ou l’inverse ! Je m’en moque ! Dis ! Parle ! Et arrête de me regarder comme ça. C’est insupportable. Tu es si loin. Comment te rejoindre ? Comment échanger ? C’est trop compliqué. Je ne crois pas en la transmission de pensée. La parole. Oraliser ! Tu m’écoutes ? Alors, réponds-moi. Ne me laisse pas là, à parler toute seule, à attendre un mot, un son, quoi que ce soit qui élucide ton regard. Tu me dis ? Allez ! Ne me laisse pas ! Je…
— Chut…

Cy Jung©

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3 réponses à 199406_01

  1. Ce billet me fait penser à « Trust » de Falk Richter, mis en scène avec Anouk van Dijk à la Schaubühne – Berlin, et présenté en Avignon cet été.

    Le texte est lancinant, accusateur et auto-mutilant. Dur.

    Voilà au moins le « clip » comme on dit, de cette pièce plutôt dérangeante.

    Si je trouve un extrait du texte, c’est promis, …

  2. Emmanuel Primaat dit :

    Ah, ça y est ! J’ai trouvé !

    DIE SUCHENDEN

    Und wenn ich gehen würde, würde es nichts ändern
    Und wenn ich bleiben würde, würde es nichts ändern
    Und wenn du mich anschauen würdest, würde es nichts ändern
    Und wenn du einfach nur dasitzen würdest, würde es nichts ändern
    (…)

    et aussi :

    VERTRAU MIR

    Vertrau mir. Ja, ich weiß, dass ich dich total betrogen habe, aber ich mache das nicht wieder, wirklich, ehrlich, ab heute, nach alle dem, was passiert ist, kannst du mir wirklich vertrauen. Ja, ich weiß, dass ich deinen Autoschlüssel vom Nachttisch genommen und dein Auto zusammen mit Fred gegen einen Baum gesetzt habe, und dass dein Konto jetzt leer ist, tut mir einfach leid, ich hatte aber all diese Schulden, (…)

    Tout ça ici, en allemand, meine Freud 😉

  3. Voyages immobiles dit :

    J’aime beaucoup ce texte … pour son rythme haletant … cette attente de mots, de paroles … et pourtant on voit bien que la communication se situe ailleurs … dans le non verbal … dans ce qui ne se dit pas sans pour autant être dépourvu de sens … Quant au cliché, il laisse le champ libre à l’imagination … personnellement j’y ai vu un clown, triste, sans mots mais un clown plein d’affect dans l’attente que quelqu’un attende autre chose de lui que des mots, de simples mots …

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