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Il était une fois une forêt si sombre et si profonde que l’on n’y voyait goutte, tellement goutte que les habitants restaient tapis chez eux, inquiets de heurter un obstacle ou un autre riverain. Cela durait depuis des millénaires et rien n’aurait dû changer sans l’intervention inopinée du Petit Chaperon rouge qui habitait en lisière de la forêt. Un jour d’ennui, elle alla dans le grenier fouiller dans les mâles de son grand-père. L’homme avait parcouru le monde et ramené avec lui foultitude d’objets plus étranges les uns que les autres.
Le Petit Chaperon rouge y choisit un casque de mineur surmonté d’une chandelle. Elle récupéra des bougies et des allumettes dans la cuisine et rejoignit la cave pour tester son nouveau jouet. Elle alluma la bougie, la logea dans la frontale, chaussa le casque et amorçât sa descente vers le sous-sol de la maison. Elle frissonna. L’endroit, en plus d’être sombre, était humide. Arrivée en bas de l’escalier, elle avança à tâtons, regardant avant tout où elle mettait les pieds. Le sol était meuble, sa progression facile en dépit de la faible lueur de la bougie.
Elle marcha ainsi un bon moment, sans prendre conscience qu’elle aurait dû être arrêtée par un mur. Au lieu de cela, ce fut une gouttière qui la stoppa. Elle leva les yeux. Une échelle était là, comme appuyée dans le vide. Le Petit Chaperon rouge y grimpa. Le noir se fit plus noir, l’air plus humide. Arrivée sur le dernier barreau, elle tenta de distinguer ce qu’il y avait autour. Rien, elle n’y voyait rien. Elle banda la tête. La chandelle bascula et tomba au milieu d’un amas de feuilles et de brindilles qui semblaient l’attendre. Il s’enflamma aussitôt.
Et comme par enchantement, la lumière fut ! Les habitants de la forêt commencèrent par se frotter les yeux puis, les uns après les autres s’avancèrent vers les flammes. Venaient-ils d’assister à la chute d’une météorite ? Non, il s’agissait d’une petite fille qui venait de leur donner le feu. Serait-elle à jamais leur vestale ? C’était l’heure du goûter. Il fallait qu’elle rentre. Elle leur laissa les bougies et les allumettes et repartit par où elle était venue.
Et que se passa-t-il après ? Personne ne l’a jamais su.

Cy Jung®

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2 réponses à 199403_02

  1. Hélène dit :

    « fouiller dans les mâles de son grand-père »… enclos dans de grandes, belles et viriles malles, sans doute !
    Quel piquant lapsus de la part de cette auteure-là 😉

  2. Cy Jung dit :

    Merci Hélène ! La coquille est trop belle, en effet.
    Je la laisse.

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