199402_01

Ils sont partis à trois : le guide devant, la femme au milieu, le grand pour clore la marche. Ils ne risquaient rien, dans cette configuration… Rien.
On risque toujours quelque chose lors d’une course en montagne.
Toujours.
Ils redescendaient, un peu de fatigue dans les jambes. Le guide se voyait déjà rentré. La femme goûtait tout ce qu’elle pouvait de l’ivresse des sommets tout en restant concentrée sur sa marche. Le grand rêvassait, la tête dans les nuages, comme tous les grands.
Ils avançaient à pas comptés.
La femme dit se souvenir qu’elle a passé un rocher, posé au bord du précipice. Le guide explique qu’il a senti qu’on le tirait dans le dos et, par réflexe, s’être penché en avant pour faire contrepoids. Le grand ne se rappelle pas comment il s’est retrouvé à se balancer au bout de la corde, celle-ci étant coincée par le rocher et le corps de la femme.
Elle a tourné la tête, a vu le grand dans le vide. Elle n’a pas crié. Elle a juste compris que si elle bougeait ou que le rocher cédait, ils finiraient tous les trois dans le précipice.
Une cordée est arrivée. Ils ont tiré le grand de là et les trois sont repartis.
La femme s’appelle Sarah. Et elle est vivante. Le guide et le grand, aussi. On ignore leur prénom. C’est sans importance.

Cy Jung®

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Une réponse à 199402_01

  1. Voyages immobiles dit :

    « Sur vivre » … vivre au dessus de … j’aime cette idée … ce texte me fait penser à cette « sur-vie » là … je la préfère à l’autre …

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