199311_27


Gisèle a peur. Peur. Pas de mourir, mais de vivre. Peur de vivre. Peur d’avoir peur. Peur d’avoir peur d’avoir peur. Peur. Elle ne sait pas sortir de la spirale. Elle se sent emportée par le dégoût qui ballonne son ventre, lui soulève le cœur au point qu’elle voudrait s’en débarrasser, de son cœur, et du reste. De tout. D’elle. Et de la peur, qui sait ?
Tout a commencé le jour où Constance est partie. Tout était si simple, avant. Et il y a eu ce vide, cette absence, ce goût à rien. Son corps est devenu mou. Elle l’a pourtant arrosé de tant de larmes ! Son stress n’avait rien d’hydrique ; il était pire qu’une angoisse nourrie à la perte. Son être s’est délité, tout simplement, cellule après cellule jusqu’à ce qu’elle ne forme plus qu’un petit rien comprimé par la peur.
Gisèle aurait pu mourir, bien sûr ; mais elle n’a pas eu la force de faire sa part de la rupture. Elle ne pouvait que la subir, attendre, attendre, à peine espérer que Constance revienne sauf quand cet espoir alimente la peur. Cela ne peut pas arriver, ne doit plus arriver car la vie de Gisèle est construite sur ce passé révolu.
Elle veut désormais le pire, le plus douloureux. Souffrir, c’est sa façon de vivre. Craindre, c’est sa manière d’espérer. Que le temps passe sans elle. Que la douleur reste vive. Et que la peur, l’effroi, corrompent son avenir.
Gisèle ne veut pas sortir de la spirale.
Gisèle aime l’enfermement dans l’abîme.
Gisèle souffre.
Et Gisèle aime ça.
Vraiment.

Cy Jung®

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Une réponse à 199311_27

  1. jeanne dit :

    Alors pas de problème.

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