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Que dire de la Campagne de Russie, celle de 1812, bien sûr ? On en a gardé de vagues souvenirs tirés des livres d’histoire, des souvenirs de champs dévastés, de ciels cendre et pourpre, des images rendues par des tableaux, peut-être. On se représente surtout la retraite, le froid, la neige, le gel, le sang, les morts, partout sur la plaine. En haut d’une colline, Napoléon veille devant sa tente, son cheval frissonnant accroché à un pieu. On lui apporte une soupe. Il la boit du bout des lèvres. Les livres ne le disent pas mais l’empereur avait la nausée. Ses hommes étaient à la peine. Le courage à lui-même faisait défaut. Il cherchait en son cœur la force de vaincre, la force de reprendre le combat et anéantir l’ennemi.
Comment y croire encore ? Il le devait, pour eux, pour lui, pour l’honneur de la France. Le drapeau claquait au vent mauvais de la steppe. Il devait s’en saisir, monter en selle, le brandir et haranguer les enfants de la Patrie de quelques vers de Marseillaise. Ah ! il aimait, ça, l’empereur, chanter devant ses troupes au garde-à-vous, chanter pour engager la bataille, chanter pour armer chaque bras, chanter pour crier victoire, chanter pour honorer ceux des guerriers magnanimes qui y avaient laissé leur vie. Chanter ! Il sauta sur son cheval, mis le drapeau en cape, vomit sa soupe à la première ruade et partit au grand galop former les bataillons qui, sur la Bérézina, allaient boire le bouillon. Quelle panade !

Cy Jung®

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2 réponses à 199306_01

  1. Napoléon chantant la Marseillaise ?!…
    J’ai tiqué en lisant ce texte, par ailleurs prenant. Du coup, petit tour sur internet et je lis sur Wikipédia  » La Marseillaise fut décrétée chant national le 14 juillet 1795 (26 messidor an III) par la Convention. Elle fut interdite sous l’Empire et la Restauration, puis remis en valeur lors des Trois Glorieuses, les 27-28-29 juillet 1830.  » Cela ne m’étonne pas, historiquement. Pour la littérature en revanche, le choix de l’auteure prime…

    • Cy Jung dit :

      Je ne me suis en effet pas posé la question de savoir quand la Marseillaise est devenue hymne national. J’aurais dû le faire… sans que cela ne modifie forcément mon texte.
      La transgression me paraît en effet un ressort de l’écriture, de la création en général. Mais je ne la conçois qu’ « en toute connaissance de cause ».
      Merci donc, chère Hétéronome, pour cet ajout à ma culture G.

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